Nucléaire : où seront construits les nouveaux réacteurs français ?

Explication

Emmanuel Macron a confirmé que de nouveaux réacteurs EPR seront construits en France. Les deux premiers verront le jour à la centrale de Penly (Seine-Maritime). Les deux suivants devraient être à Gravelines (Nord) et la troisième paire dans la région Rhône-Alpes.

La France va donc bien relancer un programme nucléaire. Le président de la République l’a annoncé mardi 9 novembre, lors de son allocution télévisée. Mais les détails et notamment nombre d’unités à construire ne sont pas encore connus. «Est-ce que c’est 6 ? Est-ce que c’est 8 ? Est-ce que c’est 10 ? Je ne peux pas vous le dire. Cela dépendra du niveau d’ambition que nous nous fixons » en termes d’électrification, a expliqué le ministre de l’économie Bruno Le Maire, interrogé sur France Inter, mercredi 10 novembre.

Les deux premiers EPR2 seront construits à Penly

En mai dernier, le président d’EDF avait d’ailleurs remis un rapport (tenu secret) au gouvernement détaillant les conditions de construction d’EPR 2, une version simplifiée de l’EPR de Flamanville, dont l’achèvement du chantier est prévu fin 2022, avec 10 ans de retard et une facture quasiment multipliée par quatre.

Pour son nouveau programme, EDF compte réaliser les EPR par deux sur un même site, afin de réduire les coûts. Ils seront installés sur des sites existants, compte tenu des difficultés (voire l’impossibilité) à trouver de nouveaux terrains aujourd’hui pour mettre de nouvelles installations nucléaires. Les raccordements au réseau électrique sont déjà là, ce qui facilite aussi grandement les choses.

La première paire d’EPR verra le jour à la centrale de Penly (Seine-Maritime). La seconde est prévue à Gravelines (Nord) et la troisième sera dans la région Rhône-Alpes. EDF n’a pas encore fait le choix de l’implantation exacte : la centrale de Bugey ou celle de Tricastin.

Un calendrier très long

Les procédures avant de « couler le premier béton » sont nombreuses et vont prendre beaucoup de temps. Entre la décision d’engagement et la mise en service des premiers réacteurs, il faut compter entre « 12 à 14 ans au minimum », rappelle RTE dans son rapport sur le parc électrique français en 2050.

Le calendrier est donc extrêmement serré pour des nouvelles mises en service en 2035, comme cela est prévu pour à la fois remplacer les plus vieux réacteurs et respecter la trajectoire de neutralité carbone en 2050, sur laquelle la France s’est engagée.

→ ANALYSE. Électricité en 2050 : la France aura besoin du nucléaire et des renouvelables

« Le sujet qui est le plus urgent pour nous, c’est de lancer la phase qui va conduire à ce que nous ayons toutes les autorisations pour commencer à construire », a expliqué Jean-Bernard Lévy aux sénateurs. Il faut déposer les permis de construire, mais aussi obtenir le feu vert de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) qui doit valider toutes les procédures, ainsi que choisir les prestataires.

Interrogations sur les capacités de la filière

Selon le cadrage d’EDF, le coût total des six premiers EPR serait de 46 milliards d’euros. Le groupe estime être en mesure de faire baisser les coûts d’environ 30 % sur l’EPR 2, par rapport à la facture du chantier de Flamanville s’il s’était déroulé dans des conditions normales, avec un prix du MWh d’environ 65 €. L’effet de série et la standardisation des procédés devraient permettre d’y parvenir, assure EDF.

Mais beaucoup de questions se posent sur la capacité de filière à atteindre cet objectif et à respecter les délais, compte tenu des expériences passées. « Les moyens, les compétences, la productivité des équipes sont évidemment quelque chose qui me préoccupe beaucoup », a reconnu Jean-Bernard Lévy.

La question clé du financement

Quel que soit le coût du programme, EDF qui est «extrêmement endetté », a rappelé son président, n’a pas les moyens de se lancer seul. Un soutien public devrait donc être nécessaire. Sa forme reste à déterminer. A priori, la Commission européenne devrait donner son autorisation, même si elle n’aime pas les aides d’État. La Hongrie vient d’obtenir le feu vert de Bruxelles pour construire deux réacteurs et, avant elle, la Grande-Bretagne (qui est sortie de l’UE depuis) pour les deux EPR d’EDF qui sont en construction à Hinkley Point, souligne Jean-Bernard Lévy.

Un rapport réalisé par l’administration sur les « coûts du nouveau nucléaire » devrait être rendu public dans les prochaines semaines. Plusieurs pistes sont à l’étude, comme un système de prix garanti pour l’achat d’électricité, ou un financement assuré au fur et à mesure de la construction par le biais d’une rémunération fixée par le régulateur. Il s’agit d’un sujet clé. Selon le président d’EDF, en effet, le prix de revient des nouveaux EPR devrait dépendre du coût du capital emprunté, c’est-à-dire le prix du remboursement des emprunts contractés.

Source : https://www.la-croix.com/Economie/Nucleaire-seront-construits-nouveaux-reacteurs-francais-2021-11-10-1201184591


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