Migrants : « Le déplacement des camps vers  les banlieues est une nouveauté »

La chercheuse à l’INED Pascale Dietrich-Ragon estime, dans un entretien au « Monde », que les déplacements vers la banlieue parisienne viennent aussi du fait que l’Etat ne prend pas le problème du mal-logement à la racine.

Un migrant dans une salle de réunion de fortune d’un immeuble de bureaux transformé en squat à Vitry-sur-Seine, le 19 novembre 2021. CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Les travaux de Pascale Dietrich-Ragon, chercheuse en sociologie à l’Institut national d’études démographiques (INED), portent sur les inégalités de logement, la vulnérabilité résidentielle et les conditions de vie des catégories populaires. Elle a travaillé sur le logement insalubre, dont les squats, ainsi que sur les demandeurs de logements sociaux et les sans-domicile. Elle a notamment publié Le Logement intolérable (PUF, 2011).

Les migrants font-ils partie de la population traditionnelle des squats en France ?

Dès le début des années 2000, et probablement avant, certains squats étaient déjà occupés par des personnes d’origine africaine. Parallèlement, il y a eu une augmentation de la part des migrants dans la population sans domicile : en 2001, la part d’étrangers y était de 38 % ; en 2012, elle atteignait déjà les 53 %. Globalement, les portes d’entrée dans la ville pour les populations migrantes sont l’hébergement par des tiers (famille, amis), les foyers, les hôtels, les centres d’hébergement, les squats, et la rue. Parmi ces solutions, le squat est aujourd’hui valorisé, car il permet une certaine liberté : on peut y inviter qui on veut, organiser l’espace comme on le souhaite. On y trouve aussi une forme d’ancrage, certes très précaire, mais qui contraste avec l’hébergement par les institutions : les occupants ne sont pas déplacés de foyer en foyer, ce qui garantit une vie plus stable, la possibilité d’avoir une vie de famille. Ce qui semble nouveau, en revanche, est le déplacement des squats vers les banlieues. La politique de résorption de l’habitat insalubre menée dans la capitale (depuis le plan de résorption du logement dégradé, mis en place à Paris en 2002), conjointement à la saturation des dispositifs d’accueil et au démantèlement systématique des campements, fait qu’il n’y a plus d’interstices pour se loger dans Paris.

Source : Le Monde


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