Le compte à rebours est lancé

Dans six mois, les Français iront aux urnes pour l’élection présidentielle. On est encore loin du premier tour, prévu le 10 avril. Et bien des choses peuvent se passer d’ici là. Mais des scénarios commencent à se dessiner. Entre la droite qui cherche le bon cheval et la gauche qui ne parvient pas à s’unir, tout semble en place pour la réélection d’Emmanuel Macron, même si les crises successives l’ont passablement malmené. Mais une Marine Le Pen affaiblie et l’émergence possible de la vedette médiatique Éric Zemmour, à l’extrême droite, pourraient rebattre les cartes.

Présidentielle française : qui sera de la course ?

Le premier tour de l’élection présidentielle française aura lieu le 10 avril 2022. Deux semaines plus tard, le second tour permettra d’élire un président (ou une présidente) pour un mandat de cinq ans. « C’est beaucoup plus incertain qu’on ne le dit », résume Bruno Jeanbart, de la maison d’enquête OpinionWay. Quels sont les candidats, déclarés ou potentiels ? Que disent-ils ? Quelles sont leurs chances ? Survol.

Gauche radicale

Jean-Luc Mélenchon (France insoumise)

PHOTO JOEL SAGET, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSEJean-Luc Mélenchon

Politique expérimenté et redoutable tribun, cet ancien ministre socialiste, partisan de démocratie directe et de la création d’une VIe République, en sera à sa troisième élection présidentielle. Mais pour certains, c’est la campagne de trop. Ses montées de lait notoires ont fini par nuire à son image et à sa crédibilité. « Il lui sera difficile de réitérer son exploit de 2017 », résume Bruno Jeanbart, de la maison de sondage OpinionWay. Jean-Luc Mélenchon avait failli accéder au second tour avec 19,5 % des voix.

Gauche

Anne Hidalgo (Parti socialiste)

PHOTO JOEL SAGET, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSEAnne Hidalgo

Réélue avec une large majorité à la mairie de Paris en juin 2020, Anne Hidalgo espère être celle qui freinera la glissade du Parti socialiste (PS), qui n’est plus que l’ombre de lui-même. Mais son image de bobo parisienne antivoitures ne passe pas très bien en province. Son début de campagne n’augure rien de bon (5 %, selon un récent sondage Harris Interactive) et son programme socialo-écolo n’est guère différent de celui du Parti vert, qui pourrait lui voler des électeurs.

Gauche

Yannick Jadot (Europe Écologie-Les Verts)

PHOTO JOEL SAGET, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSEYannick Jadot

Renforcé par ses performances aux dernières élections européennes et municipales, le Parti vert profite d’une conjoncture favorable et d’un candidat plutôt modéré, qui peut rallier plus large. « Ce qu’on voit dans nos enquêtes, c’est que si les électeurs déçus de Macron devaient repartir à gauche, ce n’est pas le PS qui les tente, mais plutôt le vote écologiste », explique Bruno Jeanbart.

Centre

Emmanuel Macron (La République en marche)

PHOTO LUDOVIC MARIN, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSEEmmanuel Macron

Il n’est pas encore officiellement candidat à sa réélection, mais les annonces qu’il multiplie depuis la rentrée laissent croire que ce n’est qu’une question de temps. Emmanuel Macron a appris à la dure. Il a traversé au moins deux crises majeures pendant son quinquennat : les gilets jaunes et la COVID-19. Il se maintient à un niveau de popularité respectable, mais n’a pas entièrement conquis le cœur des Français. « Il y a toujours le sentiment que ce président n’est pas empathique. Il est perçu comme un brillant technocrate qui ne comprend pas toute la réalité de la France profonde », résume Bruno Cautrès, chercheur au CEVIPOF. Assuré de remporter l’élection s’il affronte Marine Le Pen au second tour… mais seulement si c’est elle. Sinon, tout est possible.

Droite

Xavier Bertrand ? (Les Républicains)

PHOTO THOMAS SAMSON, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSEXavier Bertrand

Le parti fondé par Nicolas Sarkozy n’a toujours pas trouvé son candidat. Le président des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, souhaitait rallier tout le monde à sa cause, mais a finalement accepté de se soumettre à un vote interne le 4 décembre. Il affrontera Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, et l’ex-député européen Michel Barnier, connu pour avoir négocié le Brexit avec le Royaume-Uni. Si Bertrand est favori dans les sondages d’opinion, ce n’est pas nécessairement le cas auprès des adhérents des Républicains (LR), qui pourraient lui préférer l’un de ses deux rivaux. À suivre.

Extrême droite

Éric Zemmour ?

PHOTO JOEL SAGET, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSEEric Zemmour

L’homme dont tout le monde parle n’a toujours pas annoncé sa candidature. Mais les sondages lui donnent déjà 16 % des intentions de vote et une possible participation au second tour. Polémiste et chroniqueur influent, ce nostalgique de la France d’avant tape sans relâche sur le clou de l’immigration, ce qui pourrait lui permettre d’attirer la frange plus radicale des électeurs du Rassemblement national, déçus par le recentrage de Marine Le Pen.

Extrême droite

Marine Le Pen (Rassemblement national)

PHOTO JOEL SAGET, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSEMarine Le Pen

Ça ne va pas bien pour Marine Le Pen. La cheffe du Rassemblement national ne cesse de reculer dans les sondages, au profit d’un Éric Zemmour qui reprend ses idées antimigratoires avec plus de panache et de virulence. Avec 15 % des intentions de vote, Marine Le Pen peut encore espérer accéder au second tour, mais après sa troisième candidature, une mauvaise performance signera sa fin à la tête du parti.

INTENTIONS DE VOTE AU PREMIER TOUR DE LA PRÉSIDENTIELLE

Emmanuel Macron : 25-28 %

Éric Zemmour : 16 %

Marine Le Pen : 15 %

Xavier Bertrand : 13 %

Jean-Luc Mélenchon : 8 %

Anne Hidalgo : 5 %

Source : sondage Ipsos/Le Monde/CEVIPOF/Institut Jean Jaurès, en date du 22 octobre

Marine Le Pen face au missile Zemmour

PHOTO SARAH MEYSSONNIER, REUTERSÉric Zemmour est un chroniqueur, animateur de télé et essayiste qui jouit d’une forte popularité dans l’Hexagone.

Ça s’annonçait pourtant bien. Il y a quelques semaines encore, Marine Le Pen était quasiment assurée d’accéder au second tour de la prochaine élection présidentielle en France, prévu à la fin d’avril 2022. Mais soudain, rien ne va plus. L’émergence d’un certain Éric Zemmour comme rival potentiel à l’extrême droite est en train de déstabiliser la campagne de Mme Le Pen, qui voit du coup fondre ses certitudes.

Chroniqueur, animateur de télé et essayiste bien connu dans l’Hexagone, Éric Zemmour n’est pourtant pas encore candidat à la présidentielle. Mais les rumeurs sont persistantes et ce ne serait qu’une question de temps avant qu’il se déclare officiellement.

Pour Marine Le Pen, cette nouvelle serait catastrophique. Car une partie de son électorat pourrait lui préférer ce concurrent, plus libéral sur le plan économique mais plus radical sur les questions de société et d’immigration.

Depuis que Zemmour a évoqué l’hypothèse de sa candidature, la patronne du Rassemblement national (RN) ne cesse d’ailleurs de chuter dans les sondages.

PHOTO DANIEL COLE, ASSOCIATED PRESSMarine Le Pen voit sa popularité dégringoler.

Alors qu’on lui donnait plus de 20 % des intentions de vote avant l’été, la voici désormais à 16 % au premier tour, tandis que le missile Zemmour ne cesse de prendre de l’altitude, au point où certaines enquêtes le placent au second tour, face à Macron.

« Les sondages sont les sondages. Il faut rester très prudent », relativise Sylvain Crépon, professeur à l’Université de Tours et spécialiste du RN.

Mais ce qui est sûr, c’est qu’au sein du Rassemblement national, si l’on s’en tient uniquement au climat psychologique, ça va très mal. En ce moment, c’est un peu la panique à bord.

Sylvain Crépon, professeur à l’Université de Tours

« Dans les contacts que j’ai, il y a ce phénomène qu’ils ne savent absolument pas comment maîtriser », ajoute M. Crépon.

Perdre des plumes

Selon Bruno Jeanbart, de la maison de sondage OpinionWay, les chiffres confirment surtout la « fragilité » de Marine Le Pen, qui a perdu des plumes depuis la dernière présidentielle.

La dirigeante du RN en sera d’abord à sa troisième campagne. L’usure commence à se faire sentir. La dynamique plafonne.

Sa performance désastreuse contre Emmanuel Macron, au débat de l’entre-deux-tours en 2017, a aussi laissé des traces.

Mme Le Pen avait semblé mal préparée face au jeune loup qui l’avait mangée tout rond. Sa crédibilité en a pris un coup. Et par la bande, celle du RN, qui s’est effondré aux dernières élections régionales en juin. Alors qu’on lui prédisait au moins trois régions, le parti a mordu la poussière partout en France.

Ce n’est pas faute d’avoir adouci l’image du Rassemblement national. Depuis quelques années déjà, Marine Le Pen s’efforce de dédiaboliser le parti d’extrême droite fondé par son père Jean-Marie. Elle lui a donné un nouveau nom (exit le Front national), arrondi les angles, mis les formes, rajouté un peu de pastel sur les affiches et les slogans dans l’espoir de se rendre plus fréquentable, même si, au fond, le programme n’a pas changé.

Une stratégie légitime, estime Bruno Cautrès, chercheur au CEVIPOF. « On ne peut pas la blâmer. À un moment donné, il faut savoir à quel jeu on joue. Et si le jeu qu’on joue, c’est de gagner une élection présidentielle, ça veut dire attirer des électeurs qui ne sont pas votre vivier naturel. »

L’art du débat

Le problème, c’est que ce recentrage pourrait maintenant causer sa perte. Déçue, la partie plus radicale de son électorat se tournera vraisemblablement vers Éric Zemmour, dont le discours sécuritaire et anti-immigration est beaucoup plus spectaculaire.

Nostalgique de la France d’antan, Zemmour est un partisan de la théorie du grand remplacement, selon laquelle les Arabes remplaceront un jour les Français de souche en France. Il mène une croisade sans merci contre l’islam, au point d’avoir été condamné deux fois pour incitation à la haine raciale. Et souhaite que tous les Mohamed de France soient rebaptisés Thierry. Son discours paranoïaque trouve écho dans une frange de la population française.

Il a aussi pour lui l’effet de la nouveauté.

Face à une Marine Le Pen fatiguée, Zemmour incarne le sursaut souverainiste et xénophobe. Le tout avec une rhétorique implacable, savamment enrobée de références historiques et un art parfaitement maîtrisé de la communication.

Selon Bruno Cautrès, ses talents de débatteur pourraient carrément lui permettre de gagner des points face à sa rivale.

« Une partie de l’électorat du RN est toujours marquée par la grande difficulté qu’a eue Marine Le Pen à débattre contre Emmanuel Macron lors du débat de l’entre-deux-tours en 2017. Les talents oratoires d’Éric Zemmour laissent penser à cette partie de l’opinion qu’ils auront un véritable challenger qui pourra fermer le clapet à Macron et lui faire mettre genou à terre. »

Une alliance ?

Beaucoup de bruit pour un candidat qui n’est toujours pas déclaré.

Actuellement en tournée promotionnelle pour son nouveau « best-seller » (La France n’a pas dit son dernier mot), Éric Zemmour continue de laisser planer le doute sur son avenir politique, au plus grand déplaisir de Mme Le Pen, qui commence à grincer des dents.

Mais à ce stade, il serait surprenant que le polémiste recule, au risque de perdre sa crédibilité.

La question est de savoir s’il parviendra à réunir les 500 signatures d’élus (maires, députés, conseillers municipaux) nécessaires pour être candidat. Or, la chose est plus facile à dire qu’à faire.

En attendant, tout le monde fait comme si.

Le week-end dernier, le maire de Béziers, Robert Ménard, a « imploré » Zemmour et Le Pen de se rallier l’un à l’autre, pour ne pas diviser le vote à l’extrême droite.

« En février, il faut que celui qui sera le mieux placé prenne le pas sur l’autre, et que celui qui est le moins bien placé cède et appelle à voter pour celui qui sera en tête », a plaidé Ménard, personnage bien connu de l’extrême droite en France.

Sa tentative de médiation a été repoussée par les deux principaux intéressés.

Selon Sylvain Crépon, Marine Le Pen signerait là son « suicide politique ». Quant à Zemmour, il ne semble pas pressé de s’associer à celle qu’il décrit comme une perdante.

« Marine Le Pen ne gagnera jamais [l’élection présidentielle] », a-t-il lancé récemment sur un plateau télé.

« Je dis ce que tout le monde sait. On le sait depuis son débat de 2017 et depuis les élections régionales… Voter Marine Le Pen, c’est voter Emmanuel Macron. »

Source : La press


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