« KAIJU N°8 », LE NOUVEAU MANGA QUE TOUT LE MONDE VA S’ARRACHER

Le manga « Kaiju n°8 » – Kazé

Cette série imaginée par l’autrice Naoya Matsumoto, devenue en quelques semaines un des titres les plus lus du marché japonais, débarque en France, où il s’apprête à se tailler la part du lion.

Impossible de rater l’image: sur fond rouge, un homme aux allures de monstre pousse un hurlement. A ses côtés sont inscrits un nom et un chiffre: Kaiju n°8. Disponible à partir de ce mercredi 6 octobre, le premier tome de ce manga devrait rapidement devenir un best-seller en France après avoir conquis, en quelques mois à peine, le Japon.

Kaiju n°8 se déroule dans un Japon où les kaiju (« monstres géants ») attaquent au quotidien la population. Kafka Hibino, un trentenaire désabusé qui rêvait d’intégrer les Forces de Défense pour combattre ces créatures, travaille à nettoyer les rues de leurs cadavres. Son destin change le jour où une mystérieuse créature s’introduit dans son organisme et le métamorphose en une entité surpuissante à mi-chemin entre l’homme et le kaiju.

Phénomène de société

Au Japon, Kaiju n°8 est devenu un véritable phénomène de société: avec plus de quatre millions d’exemplaires vendus (ventes numériques incluses) pour les trois premiers tomes, il s’agit de la nouveauté la mieux vendue en 2020 au Japon. Ce succès est d’autant plus surprenant que son créateur, Naoya Matsumoto, 39 ans, n’avait sorti que deux autres séries – Nekowappa! (2009) et Pochi Kuro (2014) – sans rencontrer de grand succès.

En France, le lancement de Kaiju n°8 sera à la hauteur de son succès japonais. Avec un premier tome tiré à 250.000 exemplaires, la série détient le record du plus gros tirage pour un lancement de manga en France. Son tirage devance même ceux des très attendus One Piece #100 (230.000 ex), My Hero Academia #30 (200.000 ex) et L’Attaque des titans #34 (170.000 ex).

« Le marché est fou en ce moment. Il faut tenir compte de la situation actuelle », justifie Pierre Valls, directeur éditorial de Kazé, qui a prévu des spots TV et cinéma, un affichage géant sur un grand bâtiment parisien et un pop-up store à la Fnac Montparnasse pour promouvoir Kaiju n°8.

https://youtube.com/watch?v=HbKYNI03FSA%3Frel%3D0

Une narration très efficace

Comment expliquer un tel engouement pour une série de seulement quatre tomes qui ne possède pas encore d’adaptation d’anime? « C’est très bon graphiquement. On rentre dedans assez vite. Le rythme de narration est très efficace. L’histoire se met en place vite. Le côté fantastique explique aussi le succès », détaille Quentin Pillault, éditeur du titre chez Kazé.

Comme Jujutsu Kaisen avant lui, Kaiju n°8 doit une partie de son succès à son ton décalé par rapport au shonen classique. Là où le genre suit classiquement des adolescents, le héros, Kafka Hibino est un trentenaire désabusé et drôle dans la lignée de John McClane dans Piège de cristal, analyse Pierre Valls:

« On éprouve tout de suite une sympathie pour lui. Ça correspond à un vieillissement du lectorat, en tout cas français. On passe du shonen pur et dur à des œuvres un peu plus décalées qui correspondent à un lectorat un peu plus âgé. »

Le kaiju, une figure très populaire au Japon

Kaiju n°8 s’appuie aussi sur une figure très populaire au Japon, le kaiju, apparu en 1954 avec Godzilla, raconte Fabien Mauro, auteur de Kaiju, Envahisseurs & Apocalypse: L’âge d’or de la science-fiction:

Le manga "Kaiju n°8"
Le manga « Kaiju n°8 » © Kazé

« Au cours de ses 67 ans d’existence, il s’est imposé d’abord l’incarnation physique et implacable du péril nucléaire avant de devenir tour à tour une figure du capitalisme du boom économique nippon des années 60, un défenseur de la Terre, un catalyseur des tensions de la Guerre froide, un iguane devenu géant suite aux essais nucléaire français, un spectre issu du passé impérialiste japonaise ou encore le révélateur des peurs post-Fukushima. »

En tant qu’initiateur du kaijû eiga (« film de monstre géant »), Godzilla a aussi imposé dans la culture populaire japonaise la notion de gigantisme, « une perspective qu’on a ensuite retrouvé dans le manga et l’animation via le développement du genre mecha », ajoute le spécialiste, pour qui le kaiju n’a jamais été aussi populaire.

« Il a initié les films « MonsterVerse » proposés par Legendary Pictures depuis 2014. Shin Godzilla (Hideaki Anno & Shinji Higuchi, 2016) l’a réinventé au cœur du Japon encore marqué par le 11 mars 2011. » Pokémon a enfin été inspiré par la série Ultraseven (1967), suite d’Ultraman dont le héros utilise des capsules pour faire apparaître des kaiju: « Pour prendre un raccourci: pas de Dracaufeu sans Godzilla. »

https://youtube.com/watch?v=iUaoMe7QPVg%3Frel%3D0

Peur viscérale

Le manga s’est très vite approprié la figure du kaijû. Les premiers kaiju eiga sont adaptés en BD et des versions mécaniques de monstres géants (ou kikaiju) affrontent Mazinger Z, l’ancêtre de Goldorak, dès les années 1970.

« C’était l’évolution logique du genre », note Fabien Mauro. « Dans Getter Robo (1974-1975), Gô Nagai et Ken Ishikawa font s’affronter un mecha transformable à des créatures inspirées des animaux préhistoriques. Dans Dragon Ball (1984-1995), Akira Toriyama glisse de nombreux hommages au ‘kaiju eiga’ et au ‘tokusatsu’: Son Goku se transforme en gorille géant rappelant un monstre de la série Ultra Q. »

L’Attaque des Titans a enfin « ramené cette peur viscérale et fondamentale d’être annihilé par des êtres gigantesques », analyse encore le spécialiste. Kaiju n°8 a pu être comparé à ses débuts au grand œuvre de Hajime Isayama.

« On y retrouve le même motif de la ville mise en danger, mais ça ne relève pas du même genre », rectifie Pierre Valls. « Dans L’Attaque des Titans, ils savent que les Titans colossaux peuvent arriver, mais ça fait un siècle qu’ils ne sont pas apparus, alors que dans Kaiju n°8, ils sont rodés aux attaques régulières. »

Quentin Pillault acquiesce: si l’éditeur rapproche volontiers les deux œuvres pour leur description des mécanismes de défense face à des ennemis gigantesques, elles possèdent chacune un « graphisme très différent » l’une de l’autre.

Touche personnelle

Naoya Matsumoto apporte sa touche personnelle à cette mythologie en divisant les kaiju en deux catégories. Il y a d’un côté les « honju », les monstres principaux et surpuissants et de l’autre les « yoju », des créatures secondaires moins puissantes qui les accompagnent. Un concept apparu il y a une dizaine d’années dans la culture populaire, estime Fabien Mauro:

« Dans Ultra Galaxy Legend Mega Monster Battle: The Movie (2009), des centaines de kaiju s’agglomèrent pour former un monstre titanesque piloté par Ultraman Belial. Dans Pacific Rim (2013), les kaiju sont classés par catégories numérotées. Plus le chiffre est haut, plus la créature est puissante. Le film culmine avec un combat entre les jaeger, des héros contre un kaiju de Catégorie 5, le plus puissant à ce jour, lui-même escorté de deux congénères inférieurs de catégorie 4. »

Le manga "Kaiju n°8"
Le manga « Kaiju n°8 » © Kazé

Avec son personnage dissimulant en lui un monstre, Kaiju n°8 s’inscrit également dans la lignée de classiques du manga comme Parasite ou Devilman et de blockbusters récents Jujutsu Kaisen et Chainsaw Man. Le premier tome met en scène le concours pour devenir chasseur de Kaiju – un concours dont les règles changent au fur et à mesure, comme dans Hunter x Hunter de Yoshihiro Togashi. Selon Fabien Mauro, le héros mi-humain mi-kaiju est une figure classique du genre.

« Dès 1965, le genre a proposé des kaiju humanoïdes. Frankenstein Conquers The World de Ishirô Honda (1965) met en scène une itération assez inédite du monstre créée par Mary Shelley. Ici, il s’agit d’un jeune garçon qui mute progressivement en monstre géant qui ressemble sensiblement au monstre incarné par Boris Karloff en 1931. Mais il s’agit ici plutôt d’un humain primitif sympathique qui affronte un monstre amateur de chair: Baragon. »

Mais pour le spécialiste, Naoya Matsumoto parvient bien à se distinguer de ses prédécesseurs: « Kaiju n°8 est intéressant car il place la notion de cohabitation entre l’humain et le kaiju au cœur du récit et au sein d’un même corps. Le héros se prénomme d’ailleurs Kafka, plaçant d’emblée la notion de métamorphose au cœur du récit. » Une notion que le deuxième tome, prévu pour le 8 décembre, va davatange creuser.

Source : BFM TV


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